Pour notre concert du 13 décembre, nous avons posé trois questions aux musiciens de la formation Quiet Men. Voici les réponses de Denis Colin (clarinettes), Pablo Cueco (zarb), et Simon Drappier (arpeggione).

JAC : Le projet Quiet Men présente une combinaison d’instruments alléchante par sa singularité. Pouvez-vous nous en dire en plus sur la genèse du projet ?

DC : Sur l'instrumentarium lui-même, il y a 3 instruments rares, voire très rares, (arpeggione, zarb, clarinettes basse et contralto) et l'instrument peut-être le plus utilisé sur la planète, la guitare. Notre motivation est de rendre ce singulier alliage évident, facile, courant pour l'oreille du mélomane. La genèse est issue du désir de Pablo Cueco et du mien de renouer après une dizaine d'années d'interruption, suite à l'arrêt de mon trio. Nous l'avons fait en nous associant avec des musiciens rencontrés chacun de notre côté pendant cette période d'interruption, lui-même demandant à Simon Drappier et moi à Julien Omé de se joindre à nous.

 

PC : Je crois bien que c’est moi qui avais fait cette proposition de groupe. Outre les rapports humains, par nature changeants et perfectibles, mais qui ici semblaient solides, le projet reposait sur plusieurs idées. D’abord, le large registre de chacun des instruments et leur versatilité allait nous permettre d’échanger les fonctions dans le feu de la musique, de proposer des équilibres changeants, des basculements, etc. Ensuite, le fait que l’arpeggione et la guitare aient la même organisation de la main gauche leur permettrait des phrasés, des échanges, des mélanges à la fois inédits et évidents (Je n’avais pas prévu à l’époque que Julien se passionnerait pour les open-tunes… NDLR : systèmes d’accordage particuliers) Il y avait aussi la rencontre de deux générations, le désir partagé de travail collectif et d’un groupe sans leader… 

 

SD : Pablo Cueco, zarbiste de jazz, de tango et de bistrot est un fin mixologue. Il nous a donc appeler dans l'espoir de créer un nouveau cocktail qui puisse révéler chacun de ses trois arômes préférés.

 

JAC : Comment est-ce que vous situez votre musique par rapport aux différentes perceptions que l’on peut avoir du « jazz » aujourd’hui ?

DC : On ne perçoit pas toujours ici en France, mis à part quelques spécialistes, toutes les différences des jazz américains, les nuances, les mélanges et mixités - différences très marquées territorialement. Avoir conscience de ces différences nous donne notre liberté esthétique. Nous nous retrouvons en phase avec les jazz américains dans notre façon de produire notre musique - elle est fortement ancrée en nous ; nous avons recours à l'arrangement et à l'improvisation. L'esthétique jazz standard est inégalement partagée entre nous et ça ne nous pose pas de problème, le jazz standard n'est pas notre but.

 

PC : C’est du jazz, mais sans concessions aux lois du genre. Ou alors, sans le faire exprès. Ou alors encore, le contraire…

 

SD : Je dirai à 450M dans le dans les 220° (soit à 833,4km au sud-ouest) 

 

 JAC : Pour la constitution du répertoire, est-ce que cela s’appuie surtout sur des compositions des uns ou des autres ou s’agit-il davantage de créations collectives ?

 

DC : Chacun est compositeur. Tous sommes arrangeurs et collectivement.

 

PC : Nous jouons en majorité des compositions des uns ou des autres, d’esthétiques assez différentes (blues, folk, musique sérielle, pop, musique trads, jazz revisité…). Nous les arrangeons, modifions, déformons, recréons collectivement. Accepter qu’on transforme ses propositions, c’est parfois le plus difficile. Mais, à mon avis, ce fonctionnement alternant entre « l’intime » de la composition et le « collectif » de la répétition et du concert se révèle, au final, artistiquement terriblement efficace.

 

SD : Chacun pour sa composition et tous pour l'arrangement !

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